Depuis des millénaires, les hindous décrivent l’âge sombre du Kali Yuga dans lequel nous sommes. En Occident, on parle d’un éveil des consciences qui nous mènerait vers un
nouveau paradigme, un monde plus spirituel et plus sain. Chimères pour se rassurer ou vrais signes d’évolution ? Quelques points de vue...
Cette idée d’un « monde d’après » a largement circulé lors de la crise de la Covid-19, véritable relais d’une croyance qui persistait aussi depuis l’avènement du New Age dans les années 1970 en Occident. La théosophe Alice Bailey en parlait également à l’époque dans ses ouvrages, un retour du Christ, une nouvelle ère... Relayée aussi chez les astrologues qui annoncent celle du Verseau dans notre ciel, après des siècles de Poisson. Alors sommes-nous à l’aube de ce changement, est-ce vraiment en train d’arriver, ou bien est-ce une illusion de plus, à laquelle nous nous accrochons afin de tenir bon dans la tempête ?
Depuis la nuit des temps, les récits de changements du monde accompagnent l’histoire de l’humain... Certaines spiritualités ancestrales l’annonçaient déjà, par exemple le bouddhisme avec la venue d’un nouvel être éveillé, nommé Maitreya, lorsque les temps seront dans une telle désolation que la spiritualité aura disparu. Le
Kali Yuga des hindouistes, âge sombre, ou âge de fer, dernier âge d’un cycle qui en comporte quatre, et qui nous malmène depuis 6 000 ans, arriverait à sa fin. Certains annoncent ensuite un âge d’or, d’autres disent que c’était le dernier cycle... Cette prophétie n’est pas sans rappeler l’apocalypse de Jean des chrétiens ou encore l’eschatologie juive et le retour du messie. Cependant, le
Kali Yuga est aussi envisagé comme une période de telles souffrances, qu’elle est de ce fait propice à l’éveil.
Que dit l’astrologie ?
Certains astrologues évoquent l’entrée en Verseau autour des années 2000, voire en 2012. D’autres, prenant la durée d’une ère comme 2 160 ans, l’annoncent pour le XXII
e siècle. Enfin, certains considérant que c’est le milieu d’une ère qui en fait son apogée, annoncent ce réveil pour le millénaire suivant. Même si les astrologues ne sont pas tous d’accord sur la date exacte de l’entrée dans l’ère du Verseau, il semblerait que nous soyons autour de ce passage. D’autre part, le ciel astral comprend des paliers de régénération des modèles de société tous les 600/800 ans, ce qui place l’humanité dans un fonctionnement cyclique. «
Les transits de planètes actuels font penser qu’il y a un changement de paradigme, similaire à celui de la Renaissance. On va très probablement vers le Verseau, mais pas de manière radicale. On quitte l’énergie des Poissons qui est spirituelle, dans le beau, dans la fusion et dans la communion. Ce qui peut paraître inquiétant, c’est que le Verseau qui arrive est bien plus vif et rebelle. Mais il pousse aussi à chercher la liberté dans la philosophie, les usages collectifs, le bien commun, le renoncement, il est indépendant et avant tout, il est libre », explique l’astrologue karmique Arzhur Caouissin.
D’une ère d’assemblage, on va vers quelque chose de plus humaniste, dans une démarche philosophique collégiale qui cherche à compenser les excès des dogmes passés, vers un changement de modèle de pensées et une plus grande flexibilité. «
En 2020, c’est la purge de l’ancien monde... toutes les planètes de destruction étaient en Capricorne, qui représente la structure... les transits sont courts, en cinq ans on vit des transits que normalement on traverse en un siècle... Cela se matérialise forcément par des clivages, des tensions, des résistances, des conflits et même la Terre dans sa géobiologie peut être secouée, avec des séismes par exemple... c’est ce qu’on prévoit jusqu’en 2025/26... », ajoute l’astrologue.
Le système de calcul de l’astrologie chinoise est plus « à taille humaine » car les cycles y sont plus courts – 180 ans découpés en 9 x 20 ans. Marie-Pierre Dillenseger, spécialiste de l’astrologie chinoise explique qu’actuellement nous arrivons à la fin d’une période de 20 ans, pour aborder un nouveau cycle en 2024. «
La période actuelle qui se finit bientôt est associée à l’élément terre, métaphore de l’ancrage, mais aussi de valeurs conservatrices, au service notamment de la protection de la Terre sur laquelle nous vivons. La période suivante 2024/2044 est associée à l’élément du feu, qui lui est lié au visible et à l’invisible, mais c’est aussi l’élément le moins “enraciné”, on ne peut pas le mettre en boîte, il est difficilement cernable », explique la spécialiste. Ainsi, la période qui s’annonce comportera moins d’amarres, mais plus de possibilités d’éveil, d’attrait pour le spirituel. Et l’on perçoit les forces en résistance qui sont en train de devenir obsolètes et qui se crispent, les rapports sont plus facilement tendus entre ce qui résiste et ce qui veut avancer. «
Ce passage est possible en Occident et depuis 20 ans je comptais sur des petits pas chaque année pour que ça bouge. Mais je me suis rendu compte que sans choc majeur du système qui provoque des souffrances, les transformations n’ont pas lieu. C’est par le biais de la souffrance actuelle qu’il y a une possibilité ténue d’aller vers cette humilité : avons-nous suffisamment souffert ? Je me le demande... notre crise comparée à la guerre de Cent Ans ce n’est rien, on avait appris et depuis, on a oublié... », s’interroge Marie-Pierre Dillenseger.
Mais le feu c’est aussi celui de la jeunesse, la rapidité avec laquelle les informations sont partagées sur les réseaux sociaux et la mobilisation que cela peut engendrer. Sans oublier que le feu peut aussi se transformer en incendie. Enfin, ce qui advient va demander beaucoup d’autonomie et de maturité, pour oser prendre son envol. «
Se faire prendre en charge, c’est un mode d’avant. Nous devons refuser cette demande de dépendance et entrevoir comment transformer sa douleur. Je vois arriver un clivage entre ceux qui favoriseront l’autonomie et ceux qui fonctionneront sur un mode anciennement dépendant », conclut la spécialiste.
Sommes-nous à l’aube de ce changement, est-ce vraiment en train d’arriver, ou bien est-ce une illusion de plus ?
L’individualité vers la spiritualité
L’attirance constatée pour la spiritualité en Occident semble, entre autres, liée à l’espoir d’un monde meilleur, et que la période inconfortable que nous subissons se termine. Mais n’est-ce pas un point de vue ethnocentré et uniquement occidental ? Le chamane Moudouma, initié au Gabon chez les Pygmées, à l’origine d’un rassemblement sur le chamanisme qui réunit des chamanes du monde entier s’est attaché à suivre l’évolution des interrogations et des cheminements de conscience chez les personnes s’intéressant à ces sujets. (...)