«
C’est l’essence de l’humain qui fait le travail de guérison », affirmait Sensei Nakazono, maître d’aïkido et de shiatsu. Cette quintessence relève de l’énergie
vitale. Omniprésente et invisible, cette énergie subtile
nourrit et anime la matière. La vie en nous tend naturellement
vers l’équilibre. Cependant, des perturbations
psychoémotionnelles, relationnelles, vibratoires
finissent par enrayer ce mécanisme. «
Avant d’être un
corps physique, nous sommes un corps énergétique : c’est
l’énergie qui crée la matière. Si mon corps physique est
malade, c’est qu’en amont, mon corps énergétique est déréglé.
Le rééquilibrage de ce corps énergétique entraîne
la guérison du corps physique. C’est ce que font, entre
autres, l’acupuncture ou l’homéopathie. Ce sont des thérapies
informationnelles, cette information va être un détonateur,
déclenchant des mécanismes d’autorégulation »,
explique Seymour Brussel, qui a coécrit
Le corps autoguérisseur
présentant la méthode Surrender, thérapie
manuelle bioénergétique.
Au fil du temps, nombre de pratiques énergétiques ont émergé pour harmoniser l’être et le guérir, comme le yoga, le reiki, le shiatsu… Mais aussi pour nettoyer et équilibrer vibratoirement
les habitats, grâce au feng shui, au vastu shastra ou
à la géobiologie. Aux côtés des pratiques séculaires,
d’autres synthétisent diverses approches et récentes
découvertes autour de la physique quantique et des neurosciences. Toutes offrent l’expérience hautement régénérante de la synchronisation avec le
chi ou
qi
originel, l’énergie universelle. Épinglons ici quelques
techniques, classiques ou plus atypiques, qui mettent
à profit la puissance de l’énergie au service de la guérison.
Pour faire « corps » avec les courants d’énergie
du vivant.
« Réorienter »
Qu’ils agissent par le toucher, des aiguilles, des pressions
ou même des vibrations (sons, tremblements),
les soins énergétiques puisent grandement leur inspiration
en Orient, dans la médecine traditionnelle
chinoise, si familière avec le
chi. Millénaire, elle nous
enseigne que cette énergie vitale est canalisée dans le
corps à travers les méridiens. L’acupuncture localise
ainsi les points de blocage sur cette trame énergétique
que les aiguilles aideront à libérer. «
Ce chi
désigne la
même énergie bienfaisante que celle dont sont dotés les
guérisseurs et magnétiseurs occidentaux. Ces praticiens
en thérapie énergétique ne donnent pas leur énergie aux
personnes qui les consultent, mais sont des “canaux”
qui captent l’énergie vitale ambiante et la dirigent très
précisément là où le patient a un déficit énergétique »,
précise le géobiologue Thierry Gautier dans
Déployez
votre énergie vitale.
De par le monde, les chamanes recourent à la récupération d’énergie, assurant un pont guérisseur entre les lacunes du monde visible et l’infini réservoir d’énergie du monde invisible. Quant
au tai-chi-chuan, au qi gong et autres arts martiaux,
ils vont influer positivement, à travers des gestuelles
spécifiques, sur la dynamique énergétique. Mais le
mouvement de l’énergie est également en lien avec le
mouvement interne perceptible à un niveau tissulaire,
osseux, cellulaire. C’est ainsi qu’entre autres techniques,
l’ostéopathie, dans ses dimensions fluidique
et quantique, travaille au rééquilibrage des énergies
qui nous traversent. Dans le déséquilibre ambiant,
qui mine les corps et les esprits, les approches faisant
appel aux énergies foisonnent. D’où une vigilance
particulière à exercer car l’énergétique, œuvrant à l’articulation
entre le tangible et l’intangible, peut mettre
en contact avec l’invisible de manière parfois confrontante…
«
Une intervention erronée sur ces énergies de la
part d’un apprenti sorcier peut être dévastatrice », alerte
Seymour Brussel.
Une intervention erronée sur ces énergies
de la part d’un apprenti sorcier peut être dévastatrice.
La subtilité du shiatsu
Dérivée de la philosophie taoïste, la technique japonaise
du shiatsu cherche à éliminer les perturbations
énergétiques grâce à des pressions sur des points clés
des méridiens, des étirements et autres mobilisations.
Différents courants de shiatsu coexistent, mais le fil
rouge demeure : favoriser la circulation de la force vitale.
Philippe Ronce, praticien de shiatsu depuis cinq
décennies, a reçu l’enseignement de Sensei Nakazono.
Au travers du
Shiatsu des énergies subtiles, Philippe
Ronce éclaire notre nature profonde : «
Cet être humain
qu’ont dessiné Vinci et, avant lui, les maîtres du
Tao, fermement ancré entre Terre et Ciel, accueille, en
son corps, l’énergie primordiale en provenance du “Ciel
Antérieur” (le monde vibratoire) et l’énergie polarisée
en yin et yang des phénomènes (le monde manifesté). »
Cette énergie, en provenance de l’Univers, pénètre à
chaque instant dans le corps par le
hara, qui est à la
fois le « fil d’argent » reliant notre nature profonde
avec le « ciel antérieur » et le lieu où nous pouvons
faire l’expérience de la non-séparation. «
Cette énergie
primordiale va, d’une part, se distribuer à des points précis
sur les poignets et chevilles (les “points yuan/source”),
ainsi que dans des centres énergétiques que l’on appelle
les chakras, qui s’étagent entre le périnée et le sommet du
crâne. D’autre part, l’énergie primordiale va se polariser
en yin et yang et être distribuée dans le réseau de nos méridiens
principaux, qui sont les antennes de nos organes
et viscères, via “les huit merveilleux vaisseaux”, passerelle
entre le monde vibratoire et le monde manifesté », détaille
Philippe Ronce. Ainsi apprend-on que toute
relation que chacun de ces huit merveilleux vaisseaux
établit avec les sept autres engendre 56 situations qui
rendent compte de l’état du corps, de l’esprit et de notre vie. Partant de là, son livre nous enseigne qu’en posant les mains à certains endroits stratégiques (en suivant l’un des protocoles suggérés) et en aiguisant nos ressentis, nous pouvons déchiffrer avec «
une incroyable
précision » nos déséquilibres énergétiques et
procéder à leur harmonisation. Complexe ? Sachez
que l’intelligence du corps et de nos intuitions réagit
instinctivement. «
Quand je reçois un client, après
avoir établi son bilan énergétique et regardé sur les calendriers
chronobiologiques quels sont les points “ouverts”
à cette heure-là, je suis chaque fois (sans exception) sidéré
par l’adéquation de ces points avec ses besoins de
rééquilibrage ; il a été capable de prendre intuitivement
le créneau de son rendez-vous exactement dans la tranche
horaire idéale du cycle de 60 jours », s’émerveille Philippe
Ronce.
Sacré reiki
Parmi la pléthore de méthodes énergétiques, le reiki,
originellement créé par le Japonais Mikao Usui, est
l’une des plus connues, mais aussi l’une des plus
controversées. De nos jours, nombre de praticiens
transmettent le reiki, donnant lieu à des «
querelles de
pagodes », ironise Patrice Gros qui l’enseigne depuis
les années 1990. Certains, parfois formés sommairement,
l’envisagent comme une simple technique de
soin, mais le reiki est avant tout un chemin spirituel.
Au travers de son enseignement et de ses livres, Patrice
Gros nous invite à en percevoir l’essence sacrée,
sa dimension interne et non duelle. «
L’art du reiki
(“rei
” définit l’essence spirituelle, notre étincelle d’éveil ;
“ki
”, l’énergie originelle), au-delà de son approche de soin
énergétique, permet de promouvoir le satori
, l’éveil spirituel,
un état de non-séparation. Selon l’enseignement
du reiki, chaque être possède un potentiel de guérison,
d’éveil, de sagesse, de bonté aimante et de force intérieure.
Cependant, ce potentiel est terni par de nombreux voiles.
Par une pratique régulière, ces facteurs perturbateurs sont
progressivement purifiés, puis dissipés », observe Patrice
Gros. Tandis que l’énergie vitale circule librement, le
potentiel s’épanouit pleinement (et vice versa).
On y retrouve l’imposition des mains, pratiquée dans le magnétisme
ou d’autres techniques énergétiques, mais la
clé d’accès au réservoir d’énergie universelle passe ici
par une initiation spécifique (
reiju). «
Cette initiation
est la transmission d’une force qui fait mûrir les qualités
potentielles contenues dans la conscience. Elle permet de
dénouer certains blocages, de purifier les obscurcissements
émotionnels et mentaux, d’amener un changement de
paradigme. On comprend l’impact qu’une telle initiation
peut avoir, bien au-delà de la faculté de canaliser
l’énergie ! » Pour faciliter cette initiation, Mikao Usui
a converti des
mudras (gestes des mains) et symboles
sanskrits qu’utilisait le bouddhisme ésotérique, les
rendant accessibles. Plutôt que de s’attacher à une pathologie, le reiki s’adresse à la totalité de l’être ; le symptôme n’étant que la manifestation d’un déséquilibre
plus profond. Cependant, Patrice Gros souligne
que les praticiens en reiki ne sont pas des guérisseurs :
«
C’est la personne soignée qui, en définitive, s’autoguérit.
Nous ne sommes là que pour l’accompagner, cheminer
à ses côtés, et lui apporter l’énergie dont son intelligence
corporelle, émotionnelle, mentale et spirituelle se servira,
par phénomène de résonance (tel un catalyseur), pour retrouver
son équilibre. »
De la stupeur aux tremblements
«
L’homme n’est rien qu’un jonc qui tremble au vent »,
blâmait Victor Hugo. Dans notre société qui inocule
pourtant l’effroi à hautes doses, les manifestations
physiques qui vont de pair avec la peur (mains tremblantes,
voix chevrotante) sont interprétées comme
des faiblesses. Et si, à contre-courant, nous transformions
volontairement le chaos en cahots ? Mécanisme
instinctif, le tremblement permet au corps de
relâcher les tensions et grains de sable traumatiques
engrammés dans la mémoire cellulaire. À la longue,
ceux-ci font barrage à la libre circulation de l’énergie
vitale. D’ailleurs, les humains ont toujours eu l’intuition
de faire vibrer leurs enveloppes corporelles, par
la transe en danse et les pulsations rythmiques, pour
se synchroniser avec l’énergie cosmique.
Diverses
techniques énergétiques de guérison font appel aux
tremblements. La clé, quelle que soit l’approche, est
de libérer l’énergie vitale, en créant un relâchement
salutaire, un vortex guérisseur. Il suffit d’observer
une gazelle poursuivie par un lion : elle se fige, fait la
morte et si, chanceuse, elle échappe aux crocs du roi
des animaux, elle tremble de tout son corps pour se
ressaisir, sortir du figement et évacuer le stress. Tout
humain dispose du même mécanisme, mais nous
l’avons inhibé, tiraillé entre « l’être pensant » et « l’animal instinctif » que nous sommes.
«
Tandis que le corps aspire instinctivement à trembler pour évacuer
la tension accumulée, le mental refuse de le laisser faire »,
interpelle David Berceli, fondateur de la méthode
TRE (Trauma Releasing Exercises). Pour gérer cette
surcharge énergétique, le corps n’a d’autre choix que
de la stocker. Il contracte alors les muscles et, ce faisant,
contient l’énergie. D’où un état de tension chronique
qui inhibe la vitalité. Le principe des exercices
« tremblés » de la TRE est de stresser légèrement les
muscles pour les déstresser, puis de les étirer. Grâce au
rythme pulsatile, les muscles passent alternativement
de la contraction au relâchement. L’effet rayonne dans
tout l’être et l’énergie retrouve sa fluidité. D’autres approches
font aussi rimer trembler avec santé. «
La prochaine
grande révolution en médecine, soins holistiques et
pratique spirituelle aura lieu lorsque la pratique du tremblement
sera reconnue aussi valable que celle de la méditation », prophétise Bradford Keeney dans son livre
Shaking Medicine (non traduit). Ce dernier explore et
transmet cette « médecine du tremblement », pratique
universelle et ancestrale qui permet d’expérimenter le
pouvoir de guérison du mouvement extatique. Initié
au chamanisme par les Bochimans, Bradford Keeney
découvre leur vision chaotique du monde, perçu
comme un univers en perpétuelle transformation.
Le tremblement traduit métaphoriquement, dans le
corps, «
la force qui n’arrête pas de tout changer ». On
retrouve cette médecine du
shaking, l’une des plus
vieilles du monde, sous de nombreuses formes, transes
rituelles en tête : cérémonies extatiques des chamanes,
transes dans l’umbanda et le candomblé (rites
afro-brésiliens) ou chez les shakers (branche dissidente
des quakers), danse des esprits chez les Amérindiens,
etc. Ce qui surgit, des tremblements aux cris, véritable
catharsis, fait sauter les verrous des résistances de l’état
de conscience ordinaire. Par l’effraction créée dans
nos cuirasses, le mental lâche. Et les barrages qui font
obstacle au courant vital cèdent. Ce
reset réharmonise
l’être entier. Au diapason de l’Univers.
Healing Haka
Danse de transformation énergétique, le haka de
guérison est conçu à partir du haka māori traditionnel,
du Tikanga (valeurs du peuple māori) et de la tradition
cosmique. S’y entremêlent du yoga, des connaissances
sur la thérapie des traumas et l’observation de la
nature. « Chacun des mouvements que nous faisons
peut créer une géométrie sacrée en fonction de notre
alignement, de notre conscience et de notre intention », précisent Ojasvin Kingi Davis et Waimaania
Haeusermann Davis, concepteurs du Healing Haka®(1).
Nous connecter au flux du vivant, à la lignée des
ancêtres, via des gestuelles, un langage scandé, des
rythmes (dont la pulsation nous enracine et nous
élève en vibration) aide à transformer des schémas
limitants et des traumas émotionnels en nous alignant
pour retrouver l’équilibre. Une expérience d’unité qui
permet à l’énergie de circuler librement.
(1)
Healing Haka, le haka de guérison. La danse qui transforme la vie
(livre + DVD), éd. Véga, 2020.