Philosophe de l’esprit et spécialiste en intelligence artificielle, Bernardo Kastrup révolutionne notre vision du monde en proposant une métaphysique non matérialiste, antidote au désenchantement.
Du devenir de la conscience après la mort aux phénomènes psychiques, en passant par l’avenir de l’IA, entretien exceptionnel avec un grand penseur
et un précieux vulgarisateur.
Âme du monde
Milou Van Helden
Sur votre chemin, qu’est-ce qui vous a éveillé à la question de la conscience ?
J’ai toujours eu un intérêt pour les questions métaphysiques… J’ai perdu mon père à 12 ans, et d’aucuns pourraient croire que c’est l’événement déclencheur, mais j’étais trop pris par le chagrin pour considérer la métaphysique de cette épreuve. À 17 ans, je suis entré à l’université ; j’y ai été abreuvé par une vision du monde de facto matérialiste. En 1996, à 22 ans, j’ai travaillé au CERN de Genève. Le matérialisme était tenu pour acquis ! J’ai œuvré sur les réseaux de neurones artificiels (IA) : nous fabriquions un système basé sur la compréhension humaine de la physique, et nous avons créé une copie de ce système à partir de l’IA…
Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Personne à l’époque ne comprenait vraiment l’IA. Nous savions que ça fonctionnait, mais pas comment. N’étant pas confiants, nous avons opté pour le système classique. Mais la question est restée dans
mon esprit : si j’étais capable de construire une IA aussi intelligente que l’intelligence propre aux physiciens, comment la rendre consciente, et pas seulement intelligente ? Cela m’a accompagné tout au long de ma vingtaine, jusqu’à ce que je réalise que je posais la mauvaise question.
En quoi était-elle mauvaise ?
Parce que quoique je puisse imaginer comme modifications pour rendre conscient le système, cela ne ferait qu’en changer la structure ou la fonction, ce qui n’a absolument rien à voir avec la conscience ! Au fil des années, j’ai réalisé que je prenais une mauvaise direction dans mon raisonnement qui me menait droit dans le mur, à des contradictions internes. En faisant un pas en arrière, j’ai compris que la conscience est créée à partir de la matière – ce qui renvoie au « problème difficile de la conscience » (Chalmers, 2003). C’est là que mon voyage a commencé, car toute ma vision du monde s’est effondrée. Il m’a fallu un nouveau « monde » pour me relier à la réalité.
Que recouvre ce « problème difficile de la conscience » ?
Le problème est le suivant : selon les connaissances du matérialisme, l’élément premier de la réalité est un ensemble relativement restreint de particules subatomiques fondamentales décrites dans le « modèle standard » de la physique des particules. Ces particules sont considérées comme des « principes premiers ontologiques » : elles sont les blocs de base du matérialisme pour construire tout ce qui existe dans la nature, des galaxies jusqu’aux chaises, vous et moi inclus. Nous devrions donc être en mesure de concevoir une explication de tous les objets ou phénomènes de la nature en termes de dynamiques de ces particules. Le problème est que le matérialisme présume que ces particules sont dépourvues de conscience. Alors, comment obtenons-nous de la conscience simplement en assemblant des particules subatomiques « mortes » entre elles ? Rien ne nous permet de déduire les propriétés de l’expérience subjective – la « rougeur » du rouge, l’amertume du regret ou toute autre propriété des particules qui s’entrechoquent dans le cerveau… Tel est le problème difficile de la conscience ; une épine dans le pied du matérialisme.
Dans Pourquoi le matérialisme est absurde, vous exposez votre vision de l’idéalisme analytique. Quelle en est la quintessence ?
Selon ce modèle, il y a un monde extérieur au-delà de notre esprit. Un monde qui ne dépend pas de notre façon de l’observer, qui ne change pas juste parce que nous le souhaiterions différent, qui ne dépend donc pas de nous. Dans cette conception, l’esprit n’est pas dans le cerveau, parce que c’est le cerveau qui est dans l’esprit. Cette inversion semble être porteuse d’une explication potentielle des expériences transpersonnelles. Tout ce qui constitue la réalité – l’Univers dans son entier – existe dans l’esprit, mais pas uniquement dans notre esprit égoïque. L’esprit n’est pas généré par des configurations d’énergie et de matière. Au contraire, les configurations de la matière et de l’énergie naissent des dynamiques de l’esprit. Elles n’existent que dans la mesure où l’on en fait l’expérience. L’esprit est le socle du réel(1).
Vous parliez de votre appétence de longue date pour les questions métaphysiques : avez-vous vécu des expériences transpersonnelles étant jeune ?
Non, hormis l’extase d’être saisi par un paysage après avoir escaladé une montagne. J’aurais aimé qu’il en soit autrement, mais ma conscience est très solidement ancrée [rires]. Il est très difficile pour moi de la détourner spontanément du mode analytique de la pensée rationnelle. Au mitan de la trentaine, je travaillais déjà sur cette question de la conscience. Or, je ne pouvais pas prétendre l’étudier si je n’essayais pas quelque chose qui me permette de vivre des états élargis de conscience. Comme je réside aux Pays-Bas, je pouvais faire l’expérience des psychédéliques de manière légale, à une époque où ils redevenaient un sujet de recherche. Dans des conditions très sécurisées, j’ai pris de la psilocybine et de la Salvia divinorum (sauge des devins). Cette sauge donne un trip rapide et extravagant, guère concluant, car le voyage est trop court, trop délirant. Je n’ai donc pas poursuivi. Avec la psilocybine (principe actif des champignons hallucinogènes), l’expérience est intense, mais plus longue. Vous êtes à même de vous questionner : qu’est-ce que je vis là ? D’où cela vient-il ? Qu’est-ce que cela révèle ? J’ai donc eu quelques expériences sous psilocybine suffisamment intenses pour être significatives sur le plan métaphysique. Au cours de deux d’entre elles, j’ai eu la sensation d’être connecté à une vaste conscience universelle. Je ne peux pas l’argumenter scientifiquement, car c’est une expérience purement subjective.
Après avoir aiguisé son art journalistique en qualité de rédactrice en chef de divers magazines belges, Carine Anselme décide un jour de ne plus tremper sa plume que dans ce qui la touche au plus profond de son être et qu’elle rassemble sous le vocable « écologie humaine ».
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