Le Shinrin Yoku au Japon, ou sylvothérapie, est une méthode à la fois récente et ancestrale de soin par les arbres. Reconnecter avec la nature, s’imprégner de la forêt, permettrait à nos corps et nos esprits de se ressourcer en profondeur.
Santé corps-esprit
VI Chizh
« Nous allons mieux quand nous sommes en contact avec la nature », explique Yoshifumi Miyazaki, chercheur à l’université de Chiba au Japon, spécialiste du Shinrin Yoku, ou « bain d’arbres », cette méthode entérinée par ses nombreuses recherches liées aux effets de la nature sur la santé. Il est vrai que, de tout temps, l’homme s’est associé à l’arbre, pour son habitat, pour le bois du feu, pour s’abriter ou ne serait-ce que pour respirer. L’homme inhale l’oxygène que l’arbre diffuse et l’arbre absorbe le CO2 que l’homme exhale.
La réciprocité commence déjà par un lien de vie très fort entre les deux. Mais il semblerait qu’au-delà des relations d’utilité immédiate, l’arbre et l’humain aient beaucoup plus à échanger. Les chamans l’ont bien compris et les tribus traditionnelles se sont toujours entourées de l’esprit des arbres ou des plantes pour se soigner. Il existe ainsi plusieurs méthodes pour bénéficier d’une connexion qui noue ou renoue notre corps et notre âme avec les poumons de la Terre.
Se détendre, saluer, respirer
C’est la première sensation que la plupart d’entre nous tentons d’obtenir en nous promenant en forêt : une détente, un « changement d’air ». En effet, le vent, le balancement des feuilles et des branches, les odeurs, la verdure provoquent un bien-être quasi immédiat, pour peu que l’on arrive à débrancher le mental et nos téléphones portables ! Jean-Marie Defossez recommande la sylvothérapie-détente, le premier stade d’apprivoisement de la méthode de soin par les arbres.
Plusieurs exercices sont pratiquables, comme celui du salut à l’arbre. Il s’agit d’en choisir un et de s’en rapprocher, un exercice qui peut également se faire en ville
« quel que soit l’arbre qui vous attire, allez vers lui. Allez le saluer, lui souhaiter le bonjour et, sans le juger, observez ce qui, dans la vie, vous a conduit à le rencontrer. » Dans cette idée, l’arbre peut dire quelque chose de nous et, par miroir ou par sympathie, être le reflet d’un message. Nous pouvons le regarder comme un être à part entière et ensuite lui dire au revoir. Il est possible aussi de se mélanger à l’arbre en pratiquant le « câlin », après avoir demandé mentalement l’autorisation. « Lorsque j’ai le cafard, je choisis un arbre et lui fais un câlin en lui confiant mes secrets. J’ai immédiatement la sensation d’être écoutée », confie Nathalie, herboriste. Tous ces processus d’approche sont autant de premiers pas vers un échange énergétique. Nous utilisons nos cinq sens, nous déployons tout notre potentiel sensoriel en écoutant, respirant, touchant, regardant...
Un pas vers la guérison
Yoshifumi Miyazaki a conduit de nombreuses études scientifiques auprès de diverses populations. Il a constaté que les bains de forêt avaient comme premier bénéfice de réguler la pression artérielle. Les personnes qui ont une tension basse la voient remonter et inversement, celles qui ont une tension trop haute, constatent sa baisse. Les effets sur le stress et l’anxiété ont également été observés par la chercheuse Ming Kuo, de l’Université de Chicago. Comme l’explique M. Amos Clifford, expert américain de la thérapie forestière,
« les bains de forêt stimulent considérablement le système immunitaire. Le nombre de cellules tueuses naturelles (lymphocytes NK), qui s’en prennent aux cellules cancéreuses et aux pathogènes nocifs, augmente après un bain de forêt et les répercussions de ce seul effet sur notre corps sont nombreuses. »
Selon lui, les capacités d’autoguérison de notre corps sont totalement renforcées lorsque nous sommes en état d’équilibre, ce que le contact avec la nature nous apporte. Yoshifumi Miyazaki a également étudié les effets directs de la thérapie par la forêt et mis en évidence que les sujets ressentaient une relaxation profonde grâce à une augmentation de l’activité du système nerveux parasympathique, et une diminution du stress grâce à une réduction de l’activité du système nerveux sympathique. Selon lui,
« la nature est en elle-même un véritable médecin et elle réduit le stress parce qu’elle produit une synchronisation des rythmes entre l’humain et elle ». M. Amos Clifford reprend cette idée en expliquant que cet équilibre est aussi à l’origine de l’adaptation de l’humain à son environnement : « Il faut se rappeler que l’espèce humaine a vécu dans la nature pendant plus de 99 % de son histoire. La structure en deux parties de notre système nerveux – le système nerveux parasympathique et le système nerveux sympathique – a contribué à notre adaptation à cet environnement naturel. »
La variabilité de notre fréquence cardiaque est héritée de cette genèse et il est donc logique qu’en renouant avec la nature, l’humain se rapproche de ce qui a façonné son fonctionnement.
Les essences comme essence
Lorsque nous nous approchons d’un arbre et que nous l’observons, nous entrons en résonance avec lui. Gérard Grenet, chaman guérisseur et instructeur, conseille également de chercher l’aura de l’arbre à la baguette de sourcier ou juste en approchant les mains. Ainsi, nous entrons dans son champ d’énergie et bénéficions de sa force bienfaisante. Cette énergie peut fournir ce que Jean-Marie Defossez nomme un « soin sylvique » si nous en ressentons le besoin, grâce à la fréquence vibratoire. Il en a fait l’expérience lui-même en guérissant un mal de dos grâce à un palmier qui lui avait « intuitivement » soufflé avoir ce pouvoir :
« Je me rapprochais au maximum de ce palmier, mon dos tourné vers lui. […] trois minutes plus tard, toujours avec cette manière de communiquer sans les mots, je reçus l’information que le “soin” était fini. Incrédule, je fis onduler ma colonne doucement et je n’en revins pas : mes muscles étaient encore crispés mais la douleur s’était envolée ! »
Les huiles essentielles issues des arbres nous atteignent lorsque nous nous promenons dans la forêt et leurs vertus thérapeutiques agissent directement. Et lorsque l’on rentre chez soi ou en ville, les huiles en fioles prolongent les effets naturels des arbres. Nous sommes également en contact avec les phytoncides, des composés qui aident les arbres à se défendre des agressions extérieures et qui font réagir notre propre système immunitaire en le stimulant.
Le réveil de nos intuitions
Après avoir régénéré le corps, retrouvé l’énergie, le contact avec la forêt ouvre des portes bien plus grandes sur un univers intérieur connecté à son environnement. En effet, si nous nous laissons pénétrer par l’immensité de la nature, nous pouvons développer des qualités intuitives, inspirées, créatives. Au-delà du végétal, tout peut entrer en communication avec nous : l’eau, l’air, les pierres, le ciel, la terre. Dans cette démarche consistant à porter son attention sur le moment présent et sur ce qui nous entoure, nous nous approchons d’une pratique méditative de pleine conscience et le bain de forêt devient une méditation.
À la manière d’une méditation, qui mène à la spiritualité, l’arbre peut, si nous souhaitons le suivre, nous mener à des dimensions cachées et insoupçonnées qui pourront changer notre regard sur le monde et, peut-être, une partie de nous-mêmes. Et aujourd’hui, c’est presque un acte « responsable » que de restaurer les relations dégradées entre l’humain et la nature.
Journaliste et rédactrice en chef adjointe d'Inexploré magazine
Melanie Chereau est journaliste et auteur de plusieurs ouvrages. Ses thèmes de prédilection sont la spiritualité, la naturopathie et les médecines douces.
Elle pratique le bouddhisme depuis plus de 17 ans, est formée en Reiki et en aromathérapie. ...
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Inexploré n°38
La conscience de la nature
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