Et s’il existait un type de relations avec nos défunts, encore méconnu de nous qui pourrait remettre en question la nature même du deuil, et de notre futur ? La professeure de théologie suisse Lytta Basset bouleverse toutes nos idées reçues sur l’au-delà et en soulève le voile au détour d’un événement « improbable ». Une vision inédite qui peut résolument changer le cours de nos vies, présentes et à venir. Son message : il n’est jamais trop tard !
Pouvez-vous nous rappeler le contexte de votre nouvel ouvrage en quelques mots ?
L’origine de cet impérieux appel à écrire le premier livre,
Ce lien qui ne meurt jamais (2007) est le suicide de notre fils Samuel, en 2001, alors qu’il était âgé de 24 ans. J’avais alors sciemment laissé de côté ce que j’appelle aujourd’hui « l’événement improbable », pour deux raisons. Je ne me sentais pas capable d’en témoigner compte tenu d’une part de mon statut de professeur d’université, et d’autre part des mentalités. Mais 15 ans plus tard, l’évidence s’est imposée : c’était le bon moment. Par ailleurs, de nombreuses personnes continuaient à me témoigner une compassion endeuillée, alors que j’étais à nouveau « du côté de la vie ». Cet événement improbable avait changé le cours de mon existence, et bouleversé mes convictions les plus profondes.
Quel est donc cet événement « improbable », que vous évoquez avec tant de mystère et qui a révolutionné votre vision dans ce dédale de la traversée du deuil de votre fils ?
Cet événement est « improbable » à plusieurs titres : on ne peut pas le prouver, et il avait peu de chances de se produire. Alors que je donnais un séminaire intensif, notre fils Samuel, décédé, s’est adressé à une personne inconnue de nous deux, pour me passer des messages. Elle s’appelle Myriam, je précise qu’elle n’est pas médium et une série d’événements avait contribué à son inscription à mon cursus «
La compassion au cœur de l’Évangile ». Là, Myriam a été comme « investie » par Samuel pour me parler, en lui confiant des détails intimes connus de nous seuls. Chaque matin, pendant une semaine, elle me partageait des événements de sa vie passée, et des paroles bouleversantes de sa part, qui m’étaient adressées. Je comprends qu’il veut exprimer tout ce qu’il n’a pas pu dire en ce monde. Samuel – c’est du moins comme ça que je le perçois – renaît et tente de réparer ce qui doit l’être. Nous avons vécu une semaine en état de grâce, totalement hors du temps et de l’espace.
Qui est Lytta Basset ?
Philosophe et professeure de théologie protestante, accompagnante spirituelle depuis 35 ans, Lytta Basset est connue pour ses nombreuses publications, dont Aimer sans dévorer, qui éclaire nos liens avec nos proches.
Vous avez découvert que ces événements ne sont pas isolés, et qu’ils portent un nom : les VSCD. De quoi s’agit-il ?
Ce sont des vécus subjectifs de contact avec un défunt, ou encore «
une expérience subjective non mesurable, non reproductible en laboratoire et difficilement racontable », selon Evelyn Elsaesser, écrivaine spécialiste des EMI (expérience de mort imminente). Au fil de mes lectures sur le sujet, j’ai été frappée par le très grand nombre de VSCD. Selon le très réputé institut Gallup, 25 % d’entre nous ont fait ce type d’expériences, dont 50 % de personnes qui sont veuves, et 75 % de parents ayant perdu un enfant. Ces événements arrivent de façon inopinée, lors de synchronicités surprenantes, sans qu’on l’ait décidé. Je n’étais pas dans l’attente de ces signes. Il s’agit véritablement d’une rencontre sur un autre plan, qui s’accompagne d’une joie indicible. Un élément qui mérite d’être noté, dans le sens où malgré le temps écoulé, j’étais toujours anéantie par ce sentiment de perte. Il y a eu véritablement un avant, et un après.
À quoi ressemblent ces manifestations de VSCD ?
J’ai pu en expérimenter quatre types bien distincts, que j’ai vécus, sans avoir pu les identifier sur le moment.
Des manifestations visuelles. Alors que nous venions de perdre notre fils, je devais célébrer le mariage d’une amie de collège, et sincèrement je m’en sentais incapable. En allant à l’église, j’ai vu apparaître le visage de mon père rayonnant, tellement soutenant. Cela m’a donné la force de célébrer la cérémonie. (...)