Aujourd’hui, vous lancez votre livre L’enfant émotionnel en nous (1), clé de voûte qui traverse toute votre approche : lien corps/esprit, rencontre de l’inconscient, travail de l’imaginaire... Qui est-il, cet enfant émotionnel ?
C’est une dimension intérieure qui est un archétype. Nous avons tous à l’intérieur de nous un enfant. Carl Gustav Jung l’appelle « l’enfant du moi ». Il représente la somme des expériences émotionnelles – agréables ou difficiles – de notre enfance. Il ne correspond pas à un souvenir bien défini ou à une période spécifique de notre vie, il est la représentation de toutes nos expériences de l’enfance, qui ont pris la forme d’une structure psychique, d’une image inconsciente de nous-mêmes, influencée par l’inconscient collectif, familial et personnel.
Comment nous influence-t-il, une fois sortis de l’enfance ?
Souvent, cet enfant porte des blessures de vie non réglées, émotionnelles, qui manipulent inconsciemment l’adulte que nous sommes devenu. Nous traînons alors un fardeau qui nous retient dans notre élan de vie. Tant que nous n’avons pas guéri cet enfant blessé, cela nous maintient dans des comportements infantiles. Or, j’ai à cœur que les gens grandissent, notamment dans leur façon d’aimer. Qu’ils aiment autrement que dans leurs répétitions.
Comment rétablir ce lien ?
Jung dit que «
retrouver le lien d’intimité avec son enfant émotionnel, c’est retrouver le lien à son âme ». L’enfant divin, spontané, est l’enfant blessé de la personnalité qui grandit parce qu’il (se) guérit. Il faut oser aller rencontrer nos dimensions blessées qui nourrissent de fausses personnalités, nous éloignant de notre nature profonde. Retrouver cet enfant libre qui est dans la joie, la créativité et l’élan de vie, c’est se réunifier avec notre mandat planétaire, avec ce que nous sommes venus vivre au monde.
Puisque l’enfant émotionnel se construit durant l’enfance, les parents ont une sacrée responsabilité !
La difficulté, avec l’enfant émotionnel ou l’enfant intérieur blessé, est que nous le projetons dans nos relations à nos enfants ou aux enfants des autres. Il nous arrive fréquemment de ne plus être le parent face à notre enfant, nous sommes notre enfant blessé qui est face à la souffrance de notre enfant biologique. Mais souvent les enfants guérissent leurs parents (
rire) ! Ils vont réveiller quelque chose qui n’est pas accompli, que le parent projette sur l’enfant, l’ado ou le jeune adulte, en lui disant : « Accomplis ça pour moi. » Le jeune, lui, se révolte : « Laisse-moi vivre ma vie ! » Le parent se retrouve alors face à lui-même, à ce qu’il n’a pas osé réaliser.
Le chaos actuel vient-il du fait que nous sommes aveuglés par ce qu’on n’a pas libéré ?
Quand je regarde la situation globale, je nous vois comme de grands adolescents qui sont en réaction... Ce climat de crise, je le côtoie chez mes patients, plus sensibilisés à la souffrance, ce qui les amène à se sensibiliser à « leur » souffrance. La difficulté avec l’enfant intérieur, c’est qu’il est logé dans l’inconscient. En ce sens, heureusement que nous avons un corps, parce que les maladies, les chocs de vie, révèlent qu’il y a une part de soi en souffrance. Je ne peux pas changer la société comme ça en claquant des doigts, ça commence par moi ! Ce qui nous arrive est une invitation à mieux se connaître et à comprendre que nous faisons partie de ce grand Tout.
Ces souffrances viennent-elles se geler à l’intérieur du corps ?
Oh oui ! Dans mon travail d’exploration des cuirasses, j’ai observé que souvent l’enfant se cache derrière une carapace physique, une tension, une douleur, et n’attend que notre consentement ou notre ouverture pour s’exprimer. Durant mes vingt ans de pratique sur le thème de l’enfant intérieur, j’ai pu constater que, la plupart du temps, l’enfant apparaît dans l’axe de notre colonne vertébrale et sa blessure irradie dans les axes horizontaux. Outre les tensions cristallisées, il y a aussi beaucoup d’émotions gelées, d’où « l’enfant émotionnel ». Au-dessus, il y a un intellect qui essaie de camoufler une dimension de nous qui hurle au-dedans. Plus nous avançons en âge, plus cela va attirer notre attention si on ne s’en occupe pas...
Pourtant, lorsque survient un problème de santé, on l’attribue au fait de vieillir ou à une épreuve ; on ne pense pas forcément à revenir à son enfant intérieur, même si on est sur un chemin spirituel...
Malheureusement ! Souvent, la quête spirituelle est une fuite pour ne pas rencontrer des peurs ou des colères qui hurlent à l’intérieur de nous. Je vais sublimer mes émotions par la méditation, par une meilleure respiration, ce qui est sain. Mais je ne peux pas devenir plus zen, s’il y a le feu dans la maison ! Je comprends cette quête, mais à un moment le corps va « crier », ou les épreuves vont nous tomber dessus. On a alors le choix entre se réveiller ou continuer à dormir...
Il y a une nature vibratoire aux émotions. Seraient-elles contagieuses ?
L’émotion est la vie. Il y a un mouvement qui survient dans le corps avec l’émotion, rendu visible par la sécrétion d’hormones. Si je bloque ce mouvement, c’est comme si je mettais un barrage. Or, retenir l’émotion crée plein de toxines... et c’est contagieux ! Je l’observe en groupe : quand quelqu’un essaie de parler, ravale sa parole, retient son émotion, les autres participants bloquent leur respiration. Je leur dis : « Respirez ! » Si je respire, je deviens vivant et mon émotion va se mettre en mouvement. Mais si je la retiens depuis vingt ans, comment va-t-elle sortir ?! Ça va être un tsunami ! L’émotion retenue rend malade ; j’en ai des preuves depuis des années dans ma pratique... et avec moi-même. Jeune, j’ai été raisonnable jusqu’à en tomber malade – malade d’être la bonne fille, la fille parfaite !
J’ai à cœur que les gens grandissent, notamment dans leur façon d’aimer.
On ne peut quand même pas encourager tout le monde à se mettre en colère, sans analyser d’où vient cette colère ?!
Il ne s’agit pas de projeter ma colère sur l’autre, mais reconnaître que j’ai une colère. Dans le travail que je propose, je demande à la personne qui en prend conscience de la symboliser. Symboliser aide à mettre à l’extérieur ce qui est à l’intérieur, afin de reconnaître et de rendre consciente cette part inconsciente. On peut dialoguer avec un symbole ; c’est créatif. Elle ressemble à quoi, cette colère? Est-ce un monstre? Oui, car je l’ai retenue, je l’ai jugée. Or, la colère peut servir à affirmer son territoire. L’enfant qui ne peut pas exprimer sa colère, il la retourne contre lui. Par peur de perdre l’amour, il va devenir un « bon garçon », « une bonne fille ».
En quoi ce travail est-il libérateur ?
Cela permet de faire de la place. Le corps, temple de l’âme, est comme une maison... Mais comment est-elle habitée ? Certains ont en eux des fantômes, des parents, des conjoints (etc.), signifiant qu’ils ne sont pas seuls dans leur « maison ». Tout cela prend de la place dans le monde intérieur et vampirise l’énergie. Il s’agit de reprendre « ma » place, de récupérer « mon » énergie vitale. Je retrouve mon potentiel de vie – pas celui de mon conjoint, de mes parents, etc. On peut alors se réaliser, entourés des êtres que l’on aime, qui nous aiment, mais en toute autonomie. C’est ça, la libération de l’enfant ! Parce que l’enfant intérieur blessé est très dépendant affectivement.
Comment reconnaît-on un corps libéré de ses cuirasses ?
Le but n’est pas d’ôter totalement les cuirasses, mais d’avoir une souplesse dans nos protections pour les remettre si besoin... et pouvoir les enlever à nouveau. Un corps libéré est un corps qui vibre, qui dit « oui » à la bienveillance. Il ne va pas aller vers ce qui est toxique, qu’il s’agisse de nourriture, de relations ou du toucher. Il y a une intelligence naturelle du corps – le corps sait, parce qu’il ne ment pas.
Prendre soin de la corde d’argent
L’âme est reliée à l’enveloppe physique et aux corps subtils par le cordon ombilical céleste, appelé corde d’argent. « C’est comme un cordon blanchâtre, bleuâtre, aux reflets d’argent », explique Marie Lise Labonté. Ce lien énergétique, ancrage de l’âme, s’attache au corps physique/éthérique lors de la naissance et se détache lors du décès. Logée dans la profondeur du cœur karmique (associé à la glande du thymus), elle marque la rencontre de l’horizontalité et de la verticalité. Les chocs de vie, pulsions de mort ou envies de fuir l’incarnation affaiblissent la force énergétique vitale du cordon ombilical de l’âme. « Plus l’individu est dans l’amour, plus la corde d’argent est vascularisée énergétiquement par l’amour qui se dégage des trois cœurs (physique, énergétique, karmique). La fluidité et la souplesse de la corde d’argent permettent à l’âme de voyager dans les plans subtils et, la nuit, dans les plans célestes. Plus la corde est souple, plus l’âme peut revenir facilement dans son corps physique », témoigne-t-elle.
Marie Lise Labonté , Accompagnement d’âmes, Éd. J’ai Lu, 2016.
Quels ont été, au cours de votre vie, les événements déclencheurs qui ont provoqué des vagues, voire des tsunamis ?
Des guérisons incroyables, aussi ! Il y a d’abord eu l’arthrite rhumatoïde ; cette maladie dite « incurable » m’a réveillée. À travers un travail psychocorporel, j’ai emprunté un chemin non fréquenté pour me guérir. Je ne l’ai plus quitté. C’est un chemin où je ne permets à personne de décider à ma place. Après, il y a eu le développement de la médiumnité. Ça m’a bouleversée et sortie de ma zone de confort, de mon sillon de psy connue à Montréal. J’ai commencé à percevoir d’autres choses que ce que je voyais... C’est un chemin encore moins fréquenté, sur lequel j’ai rencontré mon ami psychanalyste Guy Corneau. J’ai alors été identifiée comme quelqu’un qui canalise les anges. Puis, mon mari s’est fait tuer sous mes yeux [
il a été assassiné en République dominicaine, lors d’un cambriolage, NDLR]. J’ai tout perdu, pour tout retrouver par la suite... Ce fut un grand test de foi. Tout ce que j’ai canalisé m’a aidée à saisir le sens d’un départ aussi violent. Si cela ne m’appartenait pas à un niveau, j’étais quand même cocréatrice ; cela s’est passé dans un quotidien que je vis.
(...)